Les mondes du renard : étude de la gestion de la faune sauvage ordinaire dans le Doubs à travers la controverse sur le statut du renard roux
Par
Nathan Debayle
Direction
Florent Schepens
Début de la thèse
2020
Résumé
Le renard, en raison de ses facultés supposées de voleur de poules et des problèmes sanitaires qu’il serait à même de propager (notamment la rage jusqu’en 1998), fut longtemps l’objet de campagnes de destruction (Baron 2023) et resta associé à la figure du « nuisible ». Le travail de réhabilitation symbolique de ces animaux dits « nuisibles », mené par des groupes de protection de l’environnement, ainsi que l’effritement progressif de cette notion, impulsé à la fois par les champs scientifiques et militants (Micoud 1993), ont favorisé des changements qui se traduiront notamment sur le plan juridique avec l’adoption de la loi du 8 août 2016, abandonnant le qualificatif de « nuisible » au profit de la catégorie ESOD (espèce susceptible d’occasionner des dégâts) en 2016.
Dans le Doubs, l’éradication de l’épidémie de rage, due à la vaccination (plutôt qu’à la pression cynégétique exercée sur le renard), ainsi que son rôle de prédateur de campagnols (dont les pullulations mettent à mal le travail des éleveurs de vaches laitière au début des années 2000) (D. Truchetet, G. Couval, Y. Michelin, P. Giraudoux 2014), contribuent à requestionner son statut. Ces évolutions se liront dans l’émergence de controverse qui mettront en lumière l’incertitude autour de son classement (exemple du groupe CARELI), voire autour de la pertinence même de ces « catégories naturalisées » (Micoud 2006).
Associée à des transformations structurelles des mondes cynégétiques (Ginelli 2012 ; Stepanoff 2021) et agricoles (Mendras 1967 ; Berlan, Darqué, Kalaora, 1992 ; Laferté 2014), la thèse interroge la manière dont se recomposent les pratiques et les représentations à l’égard du renard dans le Doubs au regard de ces transformations. Cette dernière repose sur une démarche comparative et une enquête qualitative menée auprès d’acteurs appartenant à des mondes sociaux hétérogènes, mais « liés » (Abbot 1988) : agriculteurs, chasseurs et environnementalistes.